L’île Feydeau, les façades d’un quartier gagné sur la Loire
L’île Feydeau est une ancienne île de Loire, aménagée à partir des années 1720 dans le centre de Nantes. Ses immeubles du XVIIIe siècle, leurs mascarons et leurs balcons racontent l’ambition d’un quartier neuf lié au commerce maritime. Les comblements ont supprimé l’eau autour de l’île, mais son plan reste lisible entre les allées Duguay-Trouin et Turenne.

| Commune | Nantes |
|---|---|
| Lecture du bâti | Immeubles de rapport, hôtels particuliers et mascarons |
| Époques et transformations | Lotissement du XVIIIe siècle ; comblements au XXe siècle |
Une île artificielle autour de la Saulzaie
Le projet prend appui sur la Saulzaie, un îlot rocheux déjà habité. En 1721, le maire Gérard Mellier obtient la concession des grèves qui l’entourent. Jacques Goubert, ingénieur de la ville, étudie ensuite l’aménagement. L’objectif est de créer un quartier régulier, avec des quais et des rues dessinés ensemble, sur un terrain encore soumis au fleuve.
En 1723, une compagnie de 24 actionnaires s’engage dans l’opération. Il faut construire les quais, remblayer les grèves et préparer les fondations avant de bâtir. Chaque immeuble s’insère dans une trame pensée à l’échelle de la nouvelle île.
Le nom Feydeau rend hommage à Paul-Esprit Feydeau de Brou, intendant de Bretagne de 1716 à 1728 et soutien du projet. La rue Kervégan forme aujourd’hui l’axe central de la promenade. Les fronts de façades des anciennes rives permettent de comprendre la forme allongée de l’île, même en l’absence du fleuve.
Des immeubles de rapport liés au commerce maritime
Feydeau est souvent présenté comme un ensemble d’hôtels d’armateurs. Ses bâtiments sont aussi des immeubles de rapport, destinés en partie à la location. Le projet initial prévoit des magasins en rez-de-chaussée, un entresol pour des bureaux ou d’autres usages, puis des logements.
L’opération se développe dans une ville enrichie par le commerce maritime et colonial et par la traite atlantique. Gérard Mellier en est un défenseur actif. Certains investisseurs doivent leur fortune à leur participation à la traite. Les sources distinguent toutefois les parcours des propriétaires : le quartier attire également marchands, notaires et architectes. L’histoire de chaque maison s’étudie donc à partir de ses occupants documentés.
Les difficultés techniques et les coûts entraînent de nombreuses reventes de terrains. Les nouveaux propriétaires n’ont pas tous les mêmes moyens ni les mêmes projets. Cette évolution aide à comprendre pourquoi les façades sont plus diverses que ne le prévoyait le dessin initial de Goubert.
Ce que les façades permettent de lire
Le granite forme les soubassements tandis que le tuffeau domine les élévations. Cette pierre claire se prête aux décors sculptés. Observez les encadrements des fenêtres, les courbes des balcons et les mascarons, ces visages placés au-dessus de certaines ouvertures. Les motifs font notamment référence à l’univers du commerce maritime et colonial.
L’étage noble se reconnaît souvent à ses grandes fenêtres et à la richesse de ses décors. Il accueille habituellement les appartements du propriétaire, mais peut aussi être loué. Les étages supérieurs sont généralement moins hauts et moins ornés. En regardant une façade de bas en haut, on peut ainsi comprendre une partie de la hiérarchie des espaces.
Les ferronneries et les décors de pierre courbes appartiennent au vocabulaire rocaille. Des façades plus sobres apparaissent ensuite avec le néoclassicisme des années 1770. Comparez deux immeubles voisins : le nombre de fenêtres, la présence des balcons et la place donnée à la sculpture montrent les choix différents des propriétaires.
Un plan régulier, des constructions singulières
Le programme de Goubert imposait initialement des façades semblables. En 1743, une décision du Conseil du roi libère les propriétaires d’une partie de ces contraintes, tout en maintenant le plan d’urbanisme. Les hauteurs, le nombre de travées et les décors peuvent désormais varier. Cette liberté donne au quartier une unité de tracé plutôt qu’une uniformité de bâtiments.
Le sol constitue une autre clé de lecture. Bâtir dans la Loire exige de stabiliser des terrains meubles. Les constructeurs emploient notamment des grilles de bois pour répartir les charges. Les mouvements des fondations ont néanmoins fait pencher des immeubles. Regardez les lignes des fenêtres et les raccords entre façades pour repérer ces déformations.
À l’est, les rues de Basse-Saulzaie et de Haute-Saulzaie gardent la mémoire du noyau antérieur. Leur situation en contrebas contraste avec le lotissement aménagé sur les grèves remblayées. Cette différence de niveau rend visible la rencontre entre un îlot ancien et un projet neuf du XVIIIe siècle.
Comment reconnaître une île sans eau ?
Les comblements des bras de la Bourse et de l’Hôpital, dans les années 1920 et 1930, font disparaître l’insularité de Feydeau. Les façades autrefois tournées vers la Loire bordent désormais des espaces terrestres. Pour retrouver le paysage ancien, suivez les côtés de l’île avant de revenir dans sa rue centrale.
Les allées Duguay-Trouin et Turenne donnent les deux grandes lignes de cette lecture. Les façades s’y présentent sur des fronts longs, tandis que la rue Kervégan offre une perception plus resserrée. Alterner ces points de vue permet de comprendre à la fois le plan du quartier et les détails des immeubles.
Une heure à pied autour de Feydeau
Commencez à l’ouest, du côté de la Petite-Hollande. Suivez l’allée Turenne en prenant le temps d’examiner les soubassements, les balcons et les décors des fenêtres. Arrêtez-vous devant plusieurs façades : cherchez ce qui se répète et ce qui change d’un immeuble à l’autre.
Rejoignez la partie orientale et les rues de l’ancienne Saulzaie, puis revenez par la rue Kervégan. Terminez par l’allée Duguay-Trouin pour retrouver la longueur du front nord. L’heure laisse le temps de regarder les mascarons et les différences de niveau. La promenade se fait depuis l’espace public ; les cours et les immeubles conservent leurs usages privés.
Contour et repères patrimoniaux
Ancienne île entre les allées Duguay-Trouin et Turenne, de la Petite-Hollande à l’ancienne Saulzaie ; ne comprend pas l’île Gloriette. Le trait délimite le secteur de visite ; voir la méthode et les limites des contours.
La liste des lieux reste disponible sous la carte.
Fond de carte : © OpenStreetMap contributors ; contours des secteurs consultés les 16 et 17 octobre 2026.
- maison Charron · Itinéraire Google Maps
- hôtel de Luynes · Itinéraire Google Maps
- immeuble au 10 quai Turenne · Itinéraire Google Maps
- immeuble au 11, rue Kervégan · Itinéraire Google Maps
- immeuble au 12 quai Turenne · Itinéraire Google Maps
- immeuble au 13 rue Kervégan · Itinéraire Google Maps
- immeuble au 15 allée Duguay-Trouin · Itinéraire Google Maps
- immeuble au 19 rue Kervégan · Itinéraire Google Maps
- immeuble au 21 rue Kervégan · Itinéraire Google Maps
- immeuble au 28 rue Kervégan · Itinéraire Google Maps
- immeuble au 3 rue du Guesclin · Itinéraire Google Maps
- immeuble au 8 quai Turenne · Itinéraire Google Maps
- immeuble au 9 quai Turenne · Itinéraire Google Maps
- immeuble au 9 rue Kervégan · Itinéraire Google Maps
- chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours de Nantes · Itinéraire Google Maps
- hôtel Grou · Itinéraire Google Maps
- hôtel de La Villestreux · Itinéraire Google Maps
- immeuble Perraudeau · Itinéraire Google Maps
- temple du Goût · Itinéraire Google Maps
Édifices du secteur dans le guide des monuments
| Édifice et repères | Époque de construction | Protection MH indiquée dans la base |
|---|---|---|
| maison Charron | 18e siècle | 21 décembre 1984 : inscrit MH |
| hôtel de Luynes | 4e quart 18e siècle | 9 juin 1943 : classé MH |
| immeuble au 10 quai Turenne | 18e siècle | 23 juin 1986 : classé MH |
| immeuble au 11, rue Kervégan | 18e siècle | 5 décembre 1984 : classé MH |
| immeuble au 12 quai Turenne | 18e siècle | 14 novembre 1988 : inscrit MH ; 14 novembre 1988 : classé MH |
| immeuble au 13 rue Kervégan | 18e siècle | 19 décembre 1985 : inscrit MH |
| immeuble au 15 allée Duguay-Trouin | 18e siècle | 5 décembre 1984 : inscrit MH |
| immeuble au 19 rue Kervégan | 18e siècle | 1er juillet 1986 : inscrit MH ; 16 juillet 1987 : classé MH |
| immeuble au 21 rue Kervégan | 18e siècle | 5 décembre 1984 : inscrit MH |
| immeuble au 28 rue Kervégan | 3e quart 18e siècle | 5 décembre 1984 : inscrit MH |
| immeuble au 3 rue du Guesclin | 18e siècle | 7 août 1941 : inscrit MH |
| immeuble au 8 quai Turenne | 18e siècle | 5 décembre 1984 : inscrit MH |
| immeuble au 9 quai Turenne | 18e siècle | 5 décembre 1984 : classé MH |
| immeuble au 9 rue Kervégan | 18e siècle | 5 décembre 1984 : inscrit MH |
| chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours de Nantes | 4e quart 18e siècle | 21 décembre 1984 : inscrit MH |
| hôtel Grou | 18e siècle | 10 juin 1932 : inscrit MH ; 29 janvier 1986 : inscrit MH |
| hôtel de La Villestreux | 18e siècle | 10 juin 1932 : inscrit MH ; 17 janvier 1986 : inscrit MH |
| immeuble Perraudeau | 18e siècle | 5 décembre 1984 : classé MH |
| temple du Goût | 2e quart 18e siècle | 17 août 1945 : classé MH |
Les dates de protection ne sont pas des dates de construction. Une protection peut ne viser que certaines parties : consultez la notice liée depuis le guide des monuments.
Accès en transports
Trams 1, 2 ou 3 : Commerce, puis marche vers l’ancienne île. Plan et informations Naolib. Itinéraire à vérifier avant le départ en cas de travaux ou de perturbations.
Questions fréquentes
L’île Feydeau est-elle encore une île ?
Feydeau est une ancienne île. Les comblements des bras de Loire qui l’entouraient ont fait disparaître l’eau dans les années 1920 et 1930. Son nom est resté et son ancien contour se comprend encore dans le plan des rues. Les allées Turenne et Duguay-Trouin permettent d’en suivre les deux principaux fronts.
Que sont les mascarons de l’île Feydeau ?
Les mascarons sont des visages sculptés qui décorent certaines façades, notamment au-dessus des fenêtres. À Feydeau, leurs motifs sont liés au monde maritime et colonial. Ils font partie d’un décor plus large associant pierre sculptée et ferronneries. Regardez-les avec les balcons et les ouvertures pour comprendre la composition de chaque immeuble.
Pourquoi certains immeubles de Feydeau penchent-ils ?
Le quartier a été bâti sur des terrains gagnés sur le fleuve, dont la stabilité posait problème. Malgré les techniques employées pour les fondations, les murs ont travaillé sur leur base et des immeubles se sont inclinés.
Comparer avec d’autres quartiers
Comparer tous les secteurs historiques · Monuments et places de Nantes · Carte du patrimoine par époque et quartier
Sources : Histoire de Île Feydeau, Source patrimoniale, Source patrimoniale, Source patrimoniale, Naolib ; données historiques et accès consultés le 17 octobre 2026.
